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Le char l'attend


Le 13 septembre 2009 à 12:59

Rubriques : La belle histoire


L'aventure attend au coin d'une rue ou pourquoi il vaut mieux le boire que le voir, le canon !

La rencontre avec ce gorane aux intentions assassines avaient laissé d'autres séquelles que cet hématome douloureux au plexus solaire.

Il avait eu peur, très peur ! Et ce souvenir lui laissait une sensation pénible. Celle de ne pouvoir affronter une autre situation semblable, une perte de confiance en lui, en ses capacités à se maîtriser. Il se sentait physiquement et moralement épuisé. Il aurait voulu dormir, pour ne plus penser. Mais il y avait cet auditeur à embarquer sur le vol de 18,30 heures. Soit, sortir, se rendre au centre ville, passer ce rond-point...

Par la baie vitrée, il observait son fils mimer, sur la terrasse, la scène pour son frère. Ah qu'il était fier de son papa ! S'il avait connu ses craintes, ses doutes...


Il imaginait différents parcours, scenarii pour atteindre l'hôtel et l'aéroport.

Il pouvait contourner la ville, passer par la route d'Abéché. Mais cela ferait un bon nombre de kilomètres et ne lui garantissait pas d'éviter un des nombreux barrages... Et cela, c'était la dernière chose qu'il aurait voulu subir !

 

Le téléphone : l'auditeur lui signalait qu'il souhaitait repasser au bureau, pour reprendre un dossier oublié, avant son départ définitif.

Le bureau... au centre ville !!!!

Maîtrisant son agacement, il lui fixa rendez-vous, au Novotel, à 17 heures.

Tandis qu'un whisky bien tassé à la main,il s'effondrait dans un fauteuil, maudissant ce touriste, son esprit gambergeait. Il devait bien avoir une solution.


Soudain, une idée : Saleh !

Saleh qui serait chez lui car il y préparait une fête, pour ce soir.

Il cria à sa femme, qui prenait un bain, qu'il devait sortir, prit ses clés de voiture, son laisser-passer et se rua dans les escaliers pour, le plus rapidement possible, se rendre chez son chauffeur, qui habitait la cité, au Sud de la ville.

Il trouverait bien la coquette petite maison en pisé, bordée d'une méchante route sablonneuse, creusée d'ornières mais dont le mur extérieur était abondamment fleuri. Ce qui faisait la fierté de son propriétaire et, surtout, ce qui permettait d'aisément la distinguer.

 

Saleh était d'accord. Il l'accompagnerait chez lui, pour, empruntant le Pajero, enlever l'auditeur à son hôtel, le conduire au bureau. Mais il ne pouvait s'attarder davantage car il devait accueillir ses invités. Pour sa peine, Amafieri laissa le 4X4 à sa disposition jusqu'au lendemain.

 

Comme convenu, l'auditeur l'appela dès qu'il arriva au bureau.

A contre-cœur, il l'y rejoignit. Cette fois, sans faire une désagréable rencontre, malgré le char qu'il vit en bordure du palais gouvernemental et les nombreux militaires postés le long de la route.


« Alors, on prolongeait la sieste ! », s'exclama le visiteur dès qu'il descendit de voiture.


  • « Oui, c'est cela...   Saleh, tu peux aller. Bonne fête »


A peine le chauffeur avait-il franchi la barrière qu'Amafieri ouvrit le coffre de sa voiture pour charger les bagages du voyageur.


« On part tout de suite ?? »


  • « oui car il n'y a pas mal de barrages et je ne voudrais pas que vous ratiez votre vol ».


En maugréant, le passager embarqua et Amafieri décida d'emprunter la piste sablonneuse qui, passant devant l'école française, menait à ce foutu rond-point.

Il espérait ainsi, en contournant les axes principaux, passer sans encombre.

 

Il roulait à basse vitesse, écoutant à peine son hôte, qui remémorait les périples de son séjour, certifiant qu'ils lui feraient d'inoubliables souvenirs.

A 200 m du rond-point, il le vit : un imposant blindé T55, tourné en sa direction, sur le côté gauche de la route.

Plusieurs goranes étaient paisiblement assis, de part et d'autre de la tourelle.

Arrivé à une trentaine de mètres, il ralentit encore, s'approchant très lentement lorsque, se levant brusquement, un soldat sauta du char et d'un signe intempestif de son fusil-mitrailleur, lui intima de s'arrêter.


  • « ça recommence !!!!! »


La voiture arrêtée, le laisser-passer bien visible, bras tendus au-dessus de la tête, il marchait à pas comptés vers le menaçant monstre d'acier.

Soudain, dans un terrible bruit de ferraille, la tourelle pivota et, à moins de 10 m, le canon descendit vers sa poitrine.


  • « tant pis ! S'il tirait, je serais pulvérisé avant d'avoir entendu le coup de départ. Je n'aurais même pas mal ! »


Tandis qu'il continuait d'avancer, le corps tendu à l'extrême, des orteils au bout de ses doigts pointant vers le ciel, le canon descendit encore, jusqu'à certainement une butée, qui fit vibrer le mastodonte.

Il voyait nettement l'immense œil de Cyclope, les rayures du canon.


- "Il va me vaporiser; C'est trop con !"


Plusieurs soldats à présent avaient mis pieds à terre et, tenant nonchalamment leur Kalash, s'interpellaient en riant bruyamment.

Il se trouvait à quelques pas d'eux, lorsque, baissant les bras et montrant le monstrueux engin, il leur cria, en riant : « vous n'allez pas me tirer dessus avec ça !!!! »

Le silence se fit.

Une légère stupéfaction plana sur les visages  puis,  ils échangèrent quelques mots. Alors,  s'esclaffant, le plus proche lui dit : « ça va, tu peux passer ».

Lui et ses collègues riaient aux éclats, agitant négligemment leur arme dans sa direction.

 

Il se retourna et, là, il vit.

Raide comme un piquet, les bras levés, le regard figé, blanc comme un linge, l'auditeur se tenait à côté de la voiture. Une large tache maculait son entre-jambes : il s'était pissé dessus ...


Ils arrivèrent à son bureau de l'aéroport sans prononcer un seul mot. L'auditeur  passa rapidement un autre pantalon.

L'air piteux, les yeux baissés, il lui murmura : « vous n'en parlerez à personne? ».

Rassuré, il le suivit comme un toutou.


Ce n'est pas sans inquiétude qu'il passa les contrôles policiers et douaniers, facilités par la présence d'Amafieri, que tous connaissaient et avec lesquels il échangea quelques mots de sympathie, les rassurant car ce n'était pas lui qui voyageait.

Il accompagna l'auditeur jusqu'à son siège, l'y installa, le recommandant au personnel de bord.


Et, tandis qu'il lui souhaitait un agréable vol, l'autre, encore tendu, lui déclara : « foutu pays, tous fous ! Vous méritez une augmentation ! »

 

Il ne revit cet auditeur qu' à Paris, au siège de la Compagnie.

Ce dernier, qui l'accueillit comme un héros, le présenta comme tel à l'ensemble de son personnel.

Il n'eut pas d'augmentation...

 

Héros ? Ce n'est pas parce que l'on maîtrise ses sphincters que l'on mérite ce titre !



Angeline58 dit :
Merveilleux récit agrémenté d'humour !


posté il y a 139 semaine


Ursula38 dit :
Excellent scenario : situation historique, suspense dramatique ...et...gag ! Merci encore pour ce bon moment !!!


posté il y a 138 semaine




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