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Le 23 octobre 2009 à 07:40
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La belle histoire
Mais non, maman. Il est minuit et tu sais que l'aéroport est fermé à 18 heures. Papa est resté à Kampala, avec les ministres.
Depuis quelques mois, Amafieri et sa jeune femme enceinte habitaient à Kigali, dans la vaste villa des parents de cette dernière.
Le matin, son beau-père – directeur et chef-pilote d'une compagnie aérienne de petits porteurs – était parti pour l'Ouganda avec le Piper Navajo, immatriculé 9XRMD.
Il y acheminait 6 passagers, ministres ou hauts fonctionnaires, pour d'ardues négociations avec Amin Dada. Les entretiens avaient dû se prolonger, tard dans la nuit.
Un bruit réveilla Amafieri. Il s'ébroua, le bruit se répéta : on frappait à la fenêtre de la chambre.
Il regarda l'heure : 5h30. Le jour pointait à peine. A moitié conscient, nu, il se leva, tandis que ce bruit persistait. Il écarta les tentures et vit le visage sympathique, barré d'une épaisse moustache, de Robert, le chef mécanicien de la compagnie.
De la main, celui-ci lui indiqua qu'il contournait la villa, jusqu'à la véranda.
Sans faire de bruit, Amafieri passa une sortie de bain, ouvrit la porte de la chambre, traversa le « couloir de nuit », le séjour puis la véranda, dont il ouvrit la porte.
Robert l'appela à l'extérieur et Amafieri foula de ses pieds nus l'herbe couverte de rosée. Le prenant par les épaules, le mécanicien l'écarta de l'habitation pour, d'une voix émue, lui dire : « comme Marius n'est pas rentré, je suis allé tôt à l'aéroport. Un télex était tombé, hier, peu avant 18 hres : ils quittaient Entebbe pour se rendre à Nairobi et rentreraient cette nuit. Personne n'avait vu ce télex, avant ce matin. J'ai appelé Nairobi : ils sont bien partis vers 21 heures, pour arriver vers minuit. Depuis, on est sans nouvelle. Il ne répond pas à la radio. Habille-toi vite, viens avec moi à l'aéroport, pour organiser les recherches ».
En raison de son adoration, justifiée, pour son père mais aussi de sa force de caractère, Amafieri décida de réveiller et d'informer sa femme.
Hâtivement, ils s'habillèrent et, en compagnie de Robert, gagnèrent l'aéroport.
La zone des petits porteurs était en pleine effervescence. Des avions se suivaient au décollage, prenant ensuite différentes directions. Sur ordre du président de la République, ami personnel de Marius, – que tous connaissaient et appréciaient -, les hélicoptères militaires prirent aussi leur envol.
Amafieri ignorait qui organisait les opérations mais chaque pilote, privé ou militaire, s'était joint aux recherches et se voyait affecté une zone d'observation, dépassant largement le triangle Kigali-Entebbe (Kampala)-Nairobi. Celle-ci comprenait le lac Victoria, qu'il aurait dû survoler sur plus de 500 kms., le parc de l'Akagera, le vaste plateau du Bugesera – au Sud-Est de Kigali.
Si c'était bien cet avion, qui avait été entendu, vers minuit, au-dessus de Kigali, qui connaissait à ce moment une panne de courant générale, plusieurs hypothèses furent émises.
En raison des compétences de Marius (enfuit de Belgique à 15 ans, dès l'arrivée des allemands, il avait rejoint les forces belges regroupées en Angleterre pour, à moins de 20 ans, piloter un Spitfire. Ensuite, il avait été instructeur des pilotes de chasse, avant de gagner le Rwanda, qu'il connaissait parfaitement), de l'autonomie de cet avion - doté de 2 moteurs de 310 CV chacun, soit 5h30 – il avait pu tenter de se poser sur l'un des nombreux aérodromes en herbe, qu'il connaissait parfaitement. De plus, il s'était, pendant la guerre et lors d'une avarie à son train d'atterrissage, au Rwanda, plusieurs fois posé « sur le ventre ». Enfin, cet avion possédait tout l'équipement nécessaire (IFR) pour le vol de nuit ou sans visibilité (VOR, DME, ILS, etc.). Encore faut-il que radios, radars, balises au sol fonctionnent. Or, Kigali était sans électricité, ce soir là et les installations aéroportuaires ne disposaient pas encore d'un groupe électrogène de secours.
La pire des suppositions était qu'à la suite d'un malaise, le pilote eût perdu le contrôle et que l'avion, pilote automatique enclenché, pour une altitude de 9.000 pieds, aurait dépassé Kigali pour, maintenant son cap vers l'Ouest, s'écraser dans la chaîne volcanique des Virungas, dont certains sommets atteignent 15.000 pieds.
Amafieri et sa femme furent pris en charge par M. De Bry, pilote professionnel expérimenté qui, à bord de son Cessna Skymaster , avait reçu pour instruction de voler plein Est, vers la parc de L'Akagera, le lac Victoria.
Le Cessna Skymaster est un avion civil construit autour d'une configuration de moteur push-pull. Ses deux propulseurs ne sont pas montés de manière classique dans les ailes, mais un dans le nez et un à l'arrière entre les deux perches qui portent les plans postérieurs. Grâce à cette disposition et à ses ailes hautes, la vue est parfaitement dégagée, autant vers le sol que vers l'arrière.
Le
pilote volait à très basse altitude, à une vitesse si faible que,
souvent, il était à la limite du « décrochage ».
Les collines boisées, les vallées cultivées, puis les forêts d'acacias, les hautes herbes du parc, ses marais, puis les falaises bordant le Victoria défilèrent sous leurs yeux.
Plusieurs fois, ayant aperçu soit une trouée dans les arbres, soit des traces dans la savane, des papyrus écrasés, l'avion plongeait au raz du sol. En vain et... heureusement.
En vain, car ils souhaitaient retrouver ce Piper et ses passagers. Heureusement car, si les traces observées indiquaient leur passage, cela signifiait que l'avion s'était désintégré.
Pendant 4 heures, ils firent des aller-retour entre Kigali et les rives du Victoria, par des voies parallèles, décalées à chaque fois vers le Nord. A chaque soupçon d'indices, ils plongeaient, aussi près que possible du sol.
Ils écoutaient l'intense trafic radio entre les autres pilotes qui, comme eux, survolaient inlassablement leurs zones d'observation.
Finalement, les réservoirs quasi vides, ils revinrent à Kigali, pour faire le plein, les vérifications d'usage et le point.
Des sandwiches, du café, des boissons rafraîchissantes les attendaient, offerts par les compagnies aériennes, préparés par leurs personnels, les épouses des pilotes et techniciens, des amis.
Plus le temps passait, plus les rapports de vols étaient négatifs, plus grandissait l'inquiétude. Les appels à la Radio Nationale restaient sans effet.
Pourtant, sur la moindre colline, dans la plus étroite vallée, nombreux étaient ceux, surtout les jeunes, qui vivaient l'oreille collée à leur transistor.
Nul incendie de forêt, de brousse n'avait été signalé. Aucun des innombrables pêcheurs, sur les nombreuses rivières et lacs n'avait rapporté d'anomalie.
L'avion préparé, eux-mêmes rassasiés, ils décollèrent cette fois pour suivre l'Akanyaru, rivière coulant plein Sud des environs de Kigali en direction du Burundi. Elle était bordée, sinon envahie dans ses méandres, d'une véritable couverture de papyrus, denses, de 4 à 5 m de haut. La configuration idéale, pour un atterrissage forcé. Ils aperçurent des pêcheurs, des pirogues surchargées, des vaches qui s'abreuvaient. Le ronronnement, parfaitement synchronisé des 2 puissants moteurs les auraient assoupis s'ils n'avaient cette volonté, cette rage de « trouver ».
Les échanges ne cessaient de grésiller à la radio.
Soudain, plus clairement, ils entendirent : « tour de contrôle de Kigali, épave de l'avion localisée. Tous les passagers sont saufs. Recherches annulées. Merci à tous »...
Sa femme, installée sur le siège, derrière lui, le bouscula,s'emparant du micro posé sur la console centrale et hurla « et le pilote, le pilote ???? ».
(à suivre)