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Le 27 octobre 2009 à 01:15
Rubriques :
La belle histoire
Une verte colline, des chasseurs qui n'avaient jamais vu de "blanc", une traversée en pirogue ... pour une aventure de "haut vol"...
« Alors, j'ai fait - comme je l'avais appris à la RAF – des carrés de 2, puis 3, puis 4 minutes de côté, espérant apercevoir une lumière, un repère. Mais, sous mes ailes, c'était le noir absolu. Soudain, j'ai vu devant nous, les miroirs argentés par l'éclairage lunaire des lacs du parc de l'Akagera, que je connais très bien. Je m'en suis approché, j'ai fait plusieurs passages « au ras des pâquerettes », mais je n'ai vu aucun lieu où nous poser. Soit, la partie dégagée n'était pas assez longue, soit, la distance suffisait mais je vis des termitières dans mes phares. Tout en envisageant déjà de me poser sur des papyrus, j'ai suis remonté en altitude, ne voulant pas prendre de risques inutiles, tant qu'il me restait du carburant.
« Soudain,
au loin, plein Sud, je vis un feu de brousse. Je me dirigeai aussitôt
«vers lui, en pensant : là où il y des feux, il y a des
hommes, des routes. Et, au moins je verrai le sol.
La savane brûlait sur une grande surface, dont je fis le tour. Je ne vis personne, pas un village, une route. Les hautes flammes semblaient mourir au pied d'une colline. Je m'en approchais, secoué dans les turbulences provoquées par la chaleur. La paille ne brûlait plus au pied de la pente, couverte d'herbe verte et d'acacias, bien visibles dans mes phares. Je survolait l'endroit, bien éclairé par la savane en flammes et ne remarquai, hors les acacias assez espacés, ni rocher, ni faille. Je décidai de me poser là !
« J'avertis mes passagers, qui somnolaient, que j'allais me poser sur le ventre, qu'ils devaient ôter leurs lunettes, les objets contondants, boucler leur ceinture et prendre la position « fœtale » de sécurité. Je refis plusieurs «passages, afin de repérer la zone la plus dégagée et en trouvai une, d'une longueur d'environ 100-150 mètres, sans arbre, du moins sur cette distance car elle se terminait par 2 acacias, que j'espérais assez espacés pour les ailes.
« J'ai refait demi-tour, pour passer au-dessus de la savane, qui achevait de se consumer. J'ai enclenché le « vide-vite », pour purger les réservoirs, coupé les moteurs, mis les hélices en drapeau (roue libre) pour, en planant et « pleins phares allumés, « toucher » la colline le plus bas possible. Lorsque je ne fus plus qu'à quelques dizaines de mètres, j'ai coupé l'électricité et redressé très légèrement le nez.
« Un très léger choc, à l'arrière puis, nous glissâmes, quasiment sans bruit. Un craquement, de part et d'autre du fuselage : les hélices tripales se pliaient. Nous glissions, glissions. Vite, trop vite ! A la faible lueur du feu de brousse, je voyais se rapprocher les 2 acacias, qui semblaient s'être resserrés. Je ne pouvais rien faire qu'espérer : j'étais « plein centre » des arbres. Un terrible craquement. Simultanément les 2 ailes s'arrachèrent. Nous fûmes projetés vers l'avant, la taille cisaillée par la ceinture. Mais la cellule avait tenu et notre vitesse avait considérablement ralenti.
« Nous glissâmes encore sur une cinquantaine de mètres, sur la trajectoire initiale.
Une secousse, en provenance du nez, puis, plus rien. Terminus.
Sans quitter mon siège, j'ai ouvert les portes et crié aux passagers de sortir le plus vite possible et de s'éloigner de l' »avion .
Je détachais ma ceinture lorsque celui qui était dernière moi bascula mon siège vers l'avant et... je pris le pare-soleil en plein front. Delà ma « blessure de guerre »
Je rejoignis les passagers regroupés à quelques mètres de l'épave. Ils riaient, se congratulaient et se ruèrent vers moi, pour me remercier, me féliciter, m'embrasser.
Il faisait froid, aussi, comme aucun incendie ne s'était déclaré et après m'être assuré qu'il n'y avait aucun danger, je les invitais à regagner l'habitacle. L'un d'eux, que nous avions embarqué à Nairobi, déclara, en riant : « nous pourrons lutter contre le froid. Comme je revenais de Moscou, j'ai des bouteilles de vodka et des verres dans mes bagages ! »
« Je pensais : » il ne se rend pas compte ! Ses bagages sont dans les nacelles, sur les moteurs, sur les ailes arrachées, au moins 50 m derrière !!!! »
« Néanmoins, je l'accompagnais jusqu'aux débris. Les hélices étaient repliées, le moteur légèrement enfoncé dans l'humus. Mais la nacelle semblait intacte. Je montais sur l'aile, ouvris le capot et lui passais les bagages, apparemment correctement rangés. Il reconnut sa valise, l'ouvrit et, avec un cri de victoire, me montra une bouteille de vodka. Je sautai de l'aile, examinais sa valise ouverte : pas une bouteille, pas un verre n'était cassé !
« Il en était de même du contenu de tous les bagages, sur chaque aile.
« La vodka nous réchauffa. Nous nous installâmes le plus confortablement possible et, en attendant des secours qui ne tarderaient pas, nous nous endormîmes.
« Je fus réveillé par un rayon de soleil et des bruits feutrés. Le jour se levait.
« De part et d'autre de notre refuge se tenaient des êtres étrangement vêtus d'un court pagne en écorce de ficus, l'un d'un tee-shirt, l'autre d'une chemise déchirée. Ils étaient une dizaine, portant un arc et un carquois, ou une lance, une machette. Des chasseurs. Ils observaient l'épave, discutant entre eux d'une voix gutturale..
« Je me levais de mon siège. Mes passagers dormaient.
« J'ouvris la porte et sortis. Le plus proche fis aussitôt un bond en arrière.
« Les autres le rejoignirent, sans cesser de communiquer.
« Lentement, je m'approchai d'eux, la main tendue. Celui qui semblait être le chef s'avança, saisit délicatement mon bras, passa la main sur mon visage, ma moustache, mes vêtements. Je fis de même et il sourit.
« Aussitôt, ils m'entourèrent, me palpant, tournant et retournant mes mains. Ils paraissaient ne jamais avoir vu de blancs !
« J'essayais de communiquer avec eux, très attentifs. Je leur montrais l'épave, les ailes, plus loin. Puis, de la main, je mimais un avion, volant haut dans le ciel puis, plongeant vers le sol. De la bouche, je fis des « vrouwww, « vrouwww » et ils rirent, reprenant mes mouvements, mes « bruitages ».
« Me tirant par la manche, le « chef » me montra le ciel, puis la savane et les traces laissées sur le sol labouré lors de la glissade.
« Il avait compris. Entretemps, mes passagers étaient également sortis de l'appareil et avaient tenté d'engager la conversation, en kinyarwanda, en kirundi, en anglais, sans réussite.
« Montrant mon visage, ma couleur de peau, je dis « blanc ». Ensuite, montrant l'un d'eux et un ministre, je « noir ». Ils semblaient comprendre.
« Alors, à l'aide d'un bout de bois, je traçais de nombreux traits dans la terre, je les entourais et, en les montrant, je dis « noir ». Puis, je fis un autre trait, je montrai mon visage et je dis « blanc ». Ils rirent, se désignant eux- mêmes par « noir » et, me montrant du doigt, ils prononcèrent « b'an »
« Ensuite, loin derrière mon trait, je fis 3 autres traits, que j'entourais d'un cercle et prononçant « blancs ». Ils ne réagirent pas. Je complétais mon dessin d'une flèche partant de mon trait vers le cercle des « blancs ». Pas de réaction. Alors, je rejoignis leur groupe, d'un geste du bras, je les désignais, ainsi que mes passagers, puis, je leur tournais le dos et, m'éloignant à grands pas, le bras et la main tendus devant moi, je criais « blancs, blancs ».
« Le chef me rejoignit et, me tirant par la manche, me ramena dans son groupe, avec lequel il palabra. Les autres ponctuaient ses paroles de « hee, « hee ». Il désigna un jeune, armé d'une lance, le plaça à mes côtés et du bras, me montra le haut de la colline et prononça « b'an, b'an »
« Puis, il nous poussa, le jeune et moi, dans cette direction.
« Moi-même, indiquant de la main le sommet du monticule, je dis « blanc » et le chef ria aux éclats, communiquant son rire aux autres.
« Je conseillais à mes passagers de ne pas s'éloigner de l'épave, plus facile à repérer du ciel que des individus dans la brousse ; je pris mon compas magnétique, mon pilot-case et, à la suite de mon guide, m'engageai sur la « colline.
« Nous avons marché 2 heures, montant-descendant des collines, traversant des vallées envahies de hautes herbes avant d'arriver à une rivière, large, tumultueuse, bordée d'un rideau de papyrus. Mon guide nous fit suivre sur environ 1 km sur une rive boueuse avant que nous arrivions à une plage dégagée, où jouaient des enfants et où des lavandières battaient leur linge.
« Et surtout, où reposait une pirogue. Il l'engagea dans l'eau, qui à cet endroit faisait un large coude, prit une pagaïe et me fit comprendre de pousser le frêle esquif, dont il maîtrisait les mouvements, jusqu'à ce qu'il soit totalement engagé dans le courant et que je puisse monter à bord.
« La traversée fut rapide. A peine l'autre rive atteinte, il m'indiqua de la main de continuer tout droit et, en 2 ou 3 coups de pagaïe, s'engagea dans le courant.
« Je le vis rapidement disparaître. J'étais seul, avec, dans une main, mon pilot-case et, dans l'autre, mon compas magnétique, quelque part entre la Tanzanie, le Burundi et le Rwanda. Dans une région peu fréquentée par les « blancs !
« La direction qu'il m'avait indiquée étant plein Ouest, je marchais donc , pendant 2 heures,en vérifiant régulièrement ce cap. A travers une savane à l'herbe plus courte, puis des cultures de sorgho. Peu après, je vis, au loin, des bâtiments blancs. Me rapprochant rapidement, je distinguais un clocher et ce qui ressemblait à une école.
« Le père blanc, la poitrine couverte d'une longue barbe, vêtu d'un jean et d'un tee-shirt me reconnut aussitôt. Je l'avais en effet plusieurs fois « transporté entre kigali et Butare. Je lui résumais rapidement la situation et il m'emmena dans son bureau d'où je pus envoyer le message qui, de mission en mission, fut relayé jusqu'à Kigali.
« Tandis que je me restaurais de pain, de fromage local et de fruits, il préparait le Land Rover pour me conduire à Butare. Là, je troquais le 4X4, «trop lent, contre l'Alpha d'un médecin. Et me voilà !
« Robert, il faudra organiser une expédition pour récupérer l'avionique, les moteurs et tout ce que l'on peut.
Épilogue :
Celle-ci fut organisée quelques jours plus tard, en compagnie d'un inspecteur de l'assurance Lloyd : rien n'était récupérable, tous les équipements de valeurs était broyés, brisés.
L'assurance remboursa intégralement l'avion, heureuse qu'il n'y eut pas de perte humaine, pour elle beaucoup plus onéreuse...
Angeline58 dit :
Récit très agréable à lire -
-
Continue à nous raconter de belles histoires !
posté il y a 133 semaine
Rosesrosasrosis dit :
merci pour mon envol, j'étais l'oiseau qui survolait avec ton avion, car j'adore l'avion et toutes les histoires le concernant, amicalement et au plaisir, roses
posté il y a 128 semaine