Les blogs Amicalien

Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 94
Les nouveaux membres : 8
Anniversaires aujourd'hui : 19

Connexion des membres

  Se souvenir de moi


Banco, au nom du fils...


Le 27 juin 2009 à 10:39

Rubriques : La belle histoire


"Quand tu es à Rome, vis comme à Rome".
Cela vaut également pour N'Djamena.
Et cela engendre des situations surprenantes


Penchée par dessus la rambarde bordant la terrasse, au 1er étage, sa femme le regardait quitter sa voiture, arrêtée sous les arbres :

«Tu es seul ?

  • « Eh oui

« Alors, il est comment, l'auditeur ? Quand l'invites-tu ? »

  • « Attends, s'il te plaît. Je me rafraîchis et j'arrive.


Il ne pouvait le nier, ces passages rapides, du soleil ardent au froid glacial de la clim, ces verres d'alcool , avaient quelque peu ébranlé sa résistance physique. Il avait surtout très soif. Aussi, engloutit-t'il 1,5L d'eau fraîche (pas glacée!) légèrement citronnée avant de rejoindre la salle de bain.

Quel délice, cette eau tiède que, les yeux fermés, il laissait couler sur son corps. Il avait la sensation, idiote mais rassurante, qu'il absorbait le liquide vital par chacun des pores de sa peau.

«  ça va ? »

Sa femme se tenait à l'entrée de la salle de bain, souriante, gracile dans sa courte jupe-culotte écarlate, son dos nu blanc, ses cheveux relevés sur la tête-, « en palmier, riait-il »,- dégageant sa longue nuque, si tendre.

Elle lui présenta une épaisse serviette de bain et repartit dans la pénombre des arcades.


Quand il la rejoignit, sur la terrasse éclaboussée de soleil, elle l'attendait, à l'ombre d'un velum de toile blanche, tendu sous les tuiles romaines du toit. Elle reposait sur des coussins chatoyants, disposés autour d'une table basse, au centre d'un superbe tapis Kelim. Elle lui tendit un grand verre de citronnade.

« Alors ? »

  • « Alors, il est comme beaucoup. Il me prend pour un planqué, un nanti, un j'en-foutre. Il voulait voir 20 clients par jours ! Je l'ai présenté à ceux de Farcha, tu sais, Jean, Robert, Louis, l'abattoir, etc. Bien sûr, il a bu. Ce qui, ajouté au piège clim/soleil... Nous l'avons laissé à son hôtel... Je ne crois pas que je le reverrai aujourd'hui... ni que tu l'inviteras. J'ai faim.


Une exceptionnelle pintade aux navets/patates douces suivie d'une salade mangues-goyaves-bananes plus tard, il ne fut pas étonné lorsque Saleh l'appela, à 14 heures, pour lui indiquer que le « parisien » était malade et qu'il devait le prendre à l'hôtel, le lendemain, à 7 heures.

  • «  Non, Saleh, j'ai besoin de la voiture. Ramène-la moi, tout de suite. Comme d'habitude,  tu prendras la camionnette, demain, pour conduire le personnel à l'aéroport. Tu passeras à son hôtel en même temps. Vous n'aurez qu'à vous serrer sur la banquette.

  • « Je n'irai pas au tennis ce soir. Je passerai au bureau, pour rattraper le travail en retard, à cause de cette matinée perdue. »


Lorsque, le lendemain peu après 7 heures, il arriva au bureau, l'auditeur semblait avoir perdu de sa morgue. Il avait troqué son costume de la veille pour un polo et un pantalon en toile. De sombres cernes soulignaient les yeux, dans un visage pâle.

« Aujourd'hui, je voudrais examiner les comptes. Vous pouvez demander à votre comptable de s'occuper de moi? »

Ce dernier l'invita à le suivre dans son bureau climatisé et ils s'y enfermèrent.


Amafieri eut une idée.

Il téléphona à une dizaine de ses principaux clients, ensuite à l'hôtel.

Le lendemain, à midi, ils se réuniront dans un salon privé pour, au cours d'un lunch, faire la connaissance du « visiteur » et répondre à ses questions. Certes, ils ne seront pas 20 mais, au moins, cette disposition le dispensera des « chauds/froids » de la veille.


A peine achevait-il sa dernière conversation qu'on frappa à la porte extérieure, qui s'ouvrit aussitôt sur un ventre proéminent suivit de la stature imposante, toute de blanc vêtue d'IB, son plus important client privé.

Se dernier tira un siège, devant le bureau, s'y affala, en éventant de la main son visage envahi d'une barbe blanche.

« Salam aleïkoum Amafieri, l'avion est parti? »

  • « oui, j'avais un fax ce matin ! il a décollé de Mulhouse à 6 heures. Il sera bientôt là »

IB avait affrété un Boeing 747 avec lequel il comptait transporter 400 pèlerins à la Mecque.

Cette contrat avait fait grand bruit, à Paris, car l'affaire avait été négociée pour 1.200.000 FFR, sans ouverture de crédit, sans autre garantie que la parole donnée.

Amafieri avait lu le Coran et s'était informé des convenances tchadiennes en matières commerciales : demander des garanties, ne pas faire confiance en la parole donnée était considéré comme une grave insulte, un manquement aux usages. Malgré les appels téléphoniques, les télex, les fax, il avait maintenu sa commande; malgré les « si jamais cette affaire tournait mal, vous en répondrez et votre avenir chez nous ne vaudra pas cher ! »

IB plongea la main dans les plis de son ample djellaba et en extirpa un précieux chéquier en cuir griffé puis, s'emparant du stylo-plume posé devant lui, il l'ouvrit, signa un chèque, le détacha et lui tendit ; « tiens, tu peux le remplir »

Il compléta le chèque de la somme convenue, le présenta à IB qui lui saisit le poignet : »viens avec moi, à la banque! ».


Un peu décontenancé, il se leva, contourna le bureau et, le chèque à la main, suivit IB qui déjà ouvrait la porte.

Un vent brûlant, violent, chargé de sable, le gifla dès qu'il s'engagea dans la cour. Il ferma les yeux et pris ses RayBan dans leur étui de ceinture.

La Chaleur, ce vent l'étouffaient. Une brume rougeâtre masquait le ciel, estompait les arbres, les immeubles.

Une tempête de sable, fréquente en cette saison. Il sentit les grains lui fouetter levisage, irriter les narines et crisser entre les dents. Même les verres, pourtant spécialement traités, ne résistaient pas à cette abrasion. Il savait combien c'était pénible, angoissant même ; heureusement, cela ne durait généralement pas très longtemps.

IB lui prit la main et s'arqueboutant contre une nouvelle rafale, l'entraîna derrière lui.


Il se sentait mal à l'aise d'être ainsi tenu par la main, par un homme. Il savait que c'était fréquent, ici, sans connotation ... sexuelle. Mais il ne s'y faisait pas.

  • « Quel préjugé idiot, pensa-t'il! »

Luttant contre le vent, ils parcoururent ainsi quelques centaines de mètres, ralentissant pour saluer quelques passants nullement étonnés à la vue de ce couple étrange-, un colosse en djellaba et un blanc en pantalon-saharienne blancs,- avançant ainsi main dans la main.

L'étrange équipage s'engouffra dans la banque. Aussitôt, répondant d'un signe de tête à quelques saluts, IB l'entraîna dans un couloir, puis dans une cage d'escalier.

Au premier étage, un huissier, dont le bureau barrait la moitié du passage, se leva et s'inclina respectueusement. Continuant sur sa lancée, IB atteignit la fin d'un corridor richement décoré et s'arrêta devant une lourde porte capitonnée qu'il poussa pour entrer dans un vaste bureau.

Là bas, derrière une table encombrée de téléphones, de dossiers, un homme assez menu se leva et, la main tendue, se dirigea à courtes enjambées vers ce couple insolite.

« M. IB, M. Amafieri, quel plaisir de vous recevoir ! »

Il leur serra chaleureusement les mains (enfin libérées!) puis les invita à s'asseoir dans de confortables sièges entourant une table basse.

« Que me vaut l'honneur de votre visite ? »


« Tu connais M. Amafieri ? Il a un chèque à encaisser immédiatement. C'est mon fils ! »


Le directeur appela une secrétaire, lui remit le chèque, lui ordonnant de le porter au compte du bénéficiaire et de lui apporter un relevé constatant l'opération.

Ensuite, il fit servir du thé et des pâtisseries traditionnelles.

Ils parlèrent des affaires en cours, de cette tempête qui semblait se maintenir plus que d'habitude. Le directeur apprit à IB qu'Amafieri était fondé de pouvoirs de sa banque et qu'ils se connaissaient donc bien.

IB lui répondit : « oui, mais c'est aussi mon fils ! ».


Plus tard, quand ils se séparèrent, Amafieri constata que l'attitude du directeur, déjà respectueuse, avait changé à son égard. Celui-ci lui demanda même s'il lui ferait l'honneur d'accepter son invitation, pour lui-même et sa famille, de passer un W.E. avec les siens dans sa modeste résidence secondaire, au bord du Chari, à quelques kilomètres au Nord de N'Djamena. « Vous verrez, les enfants adorent cela ».


IB restant à la banque, Amafieri regagna, seul cette fois, son bureau. Il appela aussitôt sa secrétaire et lui rapporta l'étrange déclaration d'IB : « c'est mon fils ».

Aussitôt, elle porta les mains au visage, bouche ouverte, marquant ainsi un étonnement certain.

« Monsieur, IB n'est pas seulement un important homme d'affaires. Il est aussi conseiller du président et mufti de la mosquée. S'il a dit cela, chez nous, c'est très important. Personne ne peut plus vous toucher. Vous êtes son fils, tout le monde va le savoir. C'est comme si vous étiez comme lui ».


Il la libéra et l'entendit rapporter cette conversation au personnel. Il s'en suivit un certain brouhaha, des exclamations. Son second, chef de service du fret aérien, passa la tête par l'ouverture de la porte et, un grand sourire lui barrant le visage, s'exclama : « félicitations, patron, c'est bien pour nous! ».

- « Merci, « papa », pensa-t'il en souriant, avant de se replonger dans ses dossiers.




 


Angeline58 dit :
C'est toujours aussi beau et agréable de venir te lire. Amitiés !


posté il y a 150 semaine


Amafieri dit :
Ces encouragements sont toujours aussi agréables à lire. Merci


posté il y a 150 semaine


Ursula38 dit :
J 'attendais la suite des aventures de l'"auditeur": savoureuses... et voici que l'histoire prend un cours nouveau..... Très agréable en effet....


posté il y a 150 semaine


Amafieri dit :
Ce récit suit, autant que possible, la chronologie des événements. Pour le moment, cet "auditeur" vérifie les "saintes écritures", avec le chef comptable. Mais, il va lui arriver quelque chose...


posté il y a 150 semaine


Xaparo dit :
J'ai été un peu débordé avec les contacts de mon nouveau site internet. mais voilà peu à peu je reprend le cours paisible de ma vie. Toujours séduit par ton écriture qui exprime un riche vécu.


posté il y a 148 semaine




Ajouter cette page à :  Ajouter cette page à Facebook  Ajouter cette page sur MySpace  Ajouter cette page à del.ico.us  Ajouter cette page à Google  Ajouter cette page à Netscape.  Ajouter cette page à Windows Live  Ajouter cette page à Yahoo Ajouter cette page à Ask.com  Ajouter cette page à Stumble.  Ajouter cette page à Digg.  Ajouter cette page à reddit.com  Ajouter cette page à NewsVine  Ajouter cette page dans Simpy


© 2003-2012 Amicalien.com, Tous droits réservés.
CONTACT | CONDITIONS D'UTILISATION | PUBLICITE | PARTENAIRES