Le blog de Gallia
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Le 10 octobre 2009 à 10:45
Ma vie ne fut pas « un long fleuve tranquille ».
J’ai puisé dans les livres la force d’affronter les nuits sans sommeil, la douleur trop présente, celle du corps mais aussi celle que génèrent « les bleus à l’âme »
La poésie a toujours sublimé ma vie, j’ai trouvé chez les poètes la résonnance à mon vécu, j’ai pleuré sur leurs larmes, vibré sur leurs émotions et composé moi aussi quelques poèmes-tranches de vie.
Certains m’ont davantage marquée que d’autres…
Il y a le sublime Brel, dont les paroles des chansons sont des témoignages de colère, d’amour, de révolte, d’espoir et parfois de désespérance.
« Le soleil qui se lève
Et caresse les toits
Et c’est Paris le jour
La seine qui se promène
Et me guide du doigt
Et c’est Paris toujours
Et mon cœur qui s’arrête
Sur ton cœur qui sourit
Et c’est Paris bonjour
Et ta main dans ma main
Qui me dit déjà oui
Et c’est Paris l’amour
Le premier rendez-vous
A l’île Saint Louis
C’est Paris qui commence
Et le premier baiser
Volé aux Tuileries
Et c’est Paris la chance
Et le premier baiser
Reçu sous un portail
Et c’est Paris Romance
Et deux têtes qui tournent
En regardant Versailles
Et c’est Paris la France
Des jours que l’on oublie
Qui oublient de nous voir
Et c’est Paris l’espoir
Des heures où nos regards
Ne sont qu’un seul regard
Et c’est Paris miroir
Rien que des nuits encore
Qui séparent nos chansons
Et c’est Paris bonsoir
Et ce jour là enfin
Où tu ne dis plus non
Et c’est Paris ce soir
Une chambre un peu triste
Où s’arrête la ronde
Et c’est Paris nous deux
Un regard qui reçoit
La tendresse du monde
Et c’est Paris tes yeux
Ce serment que je pleure
Plutôt que ne le dis
C’est Paris si tu veux
Et savoir que demain
Sera comme aujourd’hui
C’est Paris merveilleux
Mais la fin du voyage
La fin de la chanson
Et c’est Paris tout gris
Dernier jour, dernière heure
Première larme aussi
Et c’est Paris la pluie
Ces jardins remontés
Qui n’ont plus leur parure
Et c’est Paris l’ennui
La gare où s’accomplit
La dernière déchirure
Et c’est Paris fini
Loin des yeux, loin du cœur
Chassé du Paradis
Et c’est Paris chagrin
Mais une lettre de toi
Une lettre qui dit oui
Et c’est Paris demain
Des villes et des villages
Les roues tremblent de chance
C’est Paris en chemin
Et toi qui m’attends là
Et tout qui recommence
Et c’est Paris, je reviens ! »
Jacques Brel 1961
A Paris, en 1990, j’ai vécu une histoire d’amour-passion, des allers retours Bruxelles-Paris avec des séparations déchirantes et de divines retrouvailles.
L’histoire dura à peine un an, le temps qu’une vilaine guerre du golfe nous sépare à jamais.
Mais je n’ai rien oublié de ce merveilleux amour, ne gardant désormais plus en moi que ce bonheur de l’avoir vécu. J’en ai même écrit un roman-biographie pour exorciser les souvenirs douloureux.
« Le ciel d’octobre ce matin est tout blanc. Allongée sur mon lit, je regarde les hordes d’étourneaux traverser le ciel pour rejoindre les campagnes autour de Perpignan.
Cette nuit, après tant d’années de silence et d’absence, tu es revenu hanter mes rêves. Est-ce prémonitoire ? Vas-tu sortir des brumes de l’absence, de ce désert d’amour où tu m’as laissée depuis novembre 1990, date fatidique de ton dernier message ?
Dans le jour gris, ivre de fatigue, je revois le film de notre incroyable histoire, de tous ces hasards qui nous ont rassemblés un jour sur un quai de gare à Paris Nord, un matin de printemps. Je revis aussi ce matin d’automne où j’ai quitté tes bras chaleureux gare de Lyon, un jour triste de septembre.
Depuis, Paris a perdu tout son charme à mes yeux, elle draine mes souvenirs heureux, ma souffrance, ton absence…Paris a perdu sa magie, elle n’est plus que la ville de ma nostalgie. »
© Brumelune / M.Peters /éd.manuscrit.com
Il y a les livres de Jacques Salomé, dans lesquels j’ai puisé des paroles apaisantes pour affronter mon mal vivre.
« Quand il y a le silence des mots,
se réveille trop souvent la violence des maux.
Mais il ne suffit pas de rompre le silence,
et de sortir du mutisme,
encore faut-il se sentir reçu, entendu et amplifié
lors de ses tâtonnements à mettre en mots.
…
Il faut parfois bien plus de temps de temps encore,
pour qu’un mot devienne parole,
pour qu’il sorte des limbes de l’imaginaire
où il a été conçu et vienne ainsi au monde
dans le passage étroit et délicat
qui va de l’impression à l’expression
de l’ouverture de soi à la transmission à l’autre. »
« Parole à guérir » Jacques SALOME
***
J’ai depuis toujours posé sur le papier mes espoirs, mes révoltes, mes colères, mes émotions, mes bonheurs et mes plaisirs. Journal intime, poésie, roman, articles sur des forums, messages radio aussi pour dire et prendre position.
La douleur
Je la connais, c’est ma compagne
De mon cœur ou de mon corps
Jamais elle ne s’éloigne
Elle s’est vissée dans mes os
S’est logée à demeure
Dans mon fragile cœur
La douleur
Elle me sape, elle me bat
Me pousse vers l’au-delà
Elle rogne mon espérance
Sabote tous les traitements
Domine en permanence
Ce qu’il reste d’espace temps
La douleur
Celle qui se glisse
Quand les portes se ferment
Qui écharpe notre flegme
A violents coups de couteau
Qui s’attaque à nos certitudes
A nos joies, à nos finitudes
La douleur
Qui nous étreint dans la nuit
Celle qui nous mange les mots
Nous fait crier ou pleurer
Quand elle se fait trop intense
Celle qui se met au diapason
De notre intime déchéance.
© La plume de la lune / M.Peters /éd.manuscrit.com
***
Et ces poètes magiques : Rimbaud, Verlaine, Mallarmé et Prévert qui m’ont donné dès l’adolescence le goût d’une poésie éclectique, moins figée dans les règles de la versification mais oh ! Combien plus émouvante.
« Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
Petit poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur ! »
Arthur RIMBAUD « Ma bohême »
***
Il y a Barbara, qui m’émeut tant encore à écouter sa voix prenante, ses chansons douloureuses qui résonnent si bien à ma propre histoire.
« Il pleut
Sur les jardins alanguis
Sur les roses de la nuit
Il pleut des larmes de pluie
Il pleut
Et j’entends le clapotis
Du bassin qui se remplit
Oh ! mon dieu que c’est joli
La pluie… »
« Il pleut »BARBARA
***
Et puis Benoîte GROULT, féministe et libertaire avec sa littérature douce amère qui me remet les pieds sur terre.
« Ce soir
J'ai appris qu'on pouvait mourir d'amour
Ce soir
J'ai compris qu'il y avait d'autres chemins que le mien
Et que la vérité était sortie du puits où je l'avais mise.
Une bonne nuit et il n'y paraîtra plus...
Je saurai de nouveau qu'il faut vivre à tout prix
Même au plus bas.
Qu'il ne faut pas s'attendre en ce monde au bonheur
Ni en l'autre d'ailleurs
Et qu'on doit le créer
De rien
Mais que la volonté, la bonne et la mauvaise
Si l'on sait en user
Tient lieu de bien des sentiments.
Qu'il vaut mieux demander le moindre sacrifice
A soi qu'à son amant.
On n'est jamais si bien servi que par soi même,
Ni si bien déçue que par celui qu'on aime.
Je saurai de nouveau la formule du bonheur
Pharmaceutique et infaillible
Et par là dessus
Un peu de poudre aux yeux
On ne guérit jamais que soi
Il faut noyer l'espérance comme un chat
Tout le secret est là.
Quant aux à peu près, aux compromis
Aux cheveux sur la soupe, aux coups de pouce
Aux coups de poignard dans le contrat
Aux "je ne t'avais rien promis",
Aux "je ne te demandais rien"
Aux rires jaunes, aux nuits blanches
Une bonne vie et il n'y paraîtra plus... »
Benoîte GROULT
***
Mais la vie est toujours plus forte, notre mémoire sélective atténue les souvenirs d’heures sombres pour ne conserver que tous ces moments forts d’émotion et de bonheur de notre existence, comme un album photos dont nous sélectionnons les meilleures poses pour conserver un espoir dans la vie.
« L’espérance…est la plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme puisse remporter sur son âme »
Bernanos
Gezabelle dit :
Brava toi pour ce beau témoignage remplis de richesses a nous faire partager ,et continus de garder ce beau courage ,laches pas ,et que la vie te sois plus douce bye
posté il y a 119 semaine