Le blog de Gallia
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Le 6 janvier à 03:39
Depuis plusieurs mois, on parle beaucoup des suicides dans l’entreprise France Télécom. Plus d’une quarantaine de drames liés aux conditions pénibles de travail, à l’ambiance difficile d’une société en pleine mutation.
Mais il n’y a pas que cette entreprise qui génère des suicides.
Dans le milieu médical, infirmières et jeunes médecin succombent aussi au « burn out » (épuisement professionnel), à la violence ambiante et à l’énorme technicité au détriment des rapports humains qui valorisent des professions difficiles.
Il y a aussi le suicide des jeunes, deuxième cause de mortalité après les accidents.
Comment trouver sa place dans un monde occidental qui se délite, face au chômage, à la misère, la politique pourrie, le sport commerce et aux trafics en tout genre ?
Comment se dessiner un avenir quand les emplois se réduisent comme une peau de chagrin ?
Comment construire une famille dans une telle incertitude ?
Et puis, il y a ceux dont on ne parle pas, les vieux. Eux qui se sentent éjectés d’une société vouée à la télécommunication mais qui a oublié le sens de la tendresse, la douceur d’un baiser. Eux qui, parce qu’on vit plus longtemps, lorsqu’ils deviennent impotents ou malades, se retrouvent en maison de retraite, loin de leur foyer, privés de leur cadre de vie et de leurs souvenirs.
Je garde en moi l’image terrible des fauteuils roulants alignés sur une file, où après le petit déjeuner, les pensionnaires attendaient en silence, sans bouger, le repas suivant dans une somnolence solitaire au milieu d’un groupe.
La chanson de Brel est terrible et tellement vraie :
« Les vieux ne parlent plus ou alors seulement du bout des yeux
Même riches, ils sont pauvres, ils n’ont plus d’illusion et n’ont qu’un cœur pour deux
Chez eux ça sent le thym, le propre, la lavande et le verbe d’antan
Que l’on vive à Paris, on vit tous en province quand on vit trop longtemps
Est-ce d’avoir trop ri que leur voix se lézarde quand ils parlent d’hier
Et d’avoir trop pleuré que des larmes encore leur perlent aux paupières
Et s’ils tremblent un peu, est-ce de voir vieillir la pendule d’argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit je vous attends
Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s’ensommeillent, leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort, le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus, leurs gestes ont trop de rides, leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit
Et s’ils sortent encore bras dessus bras dessous, tout habillés de raide
C’est pour suivre au soleil l’enterrement d’un plus vieux, l’enterrement d’une plus laide
Et le temps d’un sanglot, oublier toute une heure durant la pendule d’argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit je vous attends
Les vieux ne meurent pas, ils s’endorment d’un jour et dorment trop longtemps
Ils se tiennent la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant
Et l’autre reste là, le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère
Cela n’importe pas, celui des deux qui reste se retrouve en enfer
Vous le verrez peut être, vous la verrez parfois en pluie et en chagrin
Traverser le présent en s’excusant déjà de n’être pas plus loin
Et fuir devant vous une dernière fois, la pendule d’argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non qui leur dit je vous attends
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non et puis qui nous attend » J.Brel
Mais aujourd’hui, les vieux aussi forcent le destin, et s’en vont volontairement, vaincus par la solitude, la souffrance ou l’abandon.
La presse cherche des coupables mais la plus grande responsable de la désespérance humaine, c’est notre société technique où la télévision, dans un jeu factice, a bousillé les rapports humains, où la machine a supprimé tant et tant d’emplois, où l’être humain se gave de films de guerre, de sexe ou de violence et ne voit plus la beauté de la nature, la richesse de l’émotion, le bonheur des rapports de tendresse.
C’est toute une façon de vivre à corriger pour retrouver une terre saine, des rapports humains chaleureux et solidaires pour que plus jamais un adolescent, un adulte ou un « vieux » ne décide de mettre un terme à sa vie devenue insupportable.
Il faudrait apprendre aux enfants le bénéfice du désir sans satisfaction immédiate, le bonheur de la complicité et de l’entraide, la joie du sport sans compétitivité, la valeur du travail, ce qui les rendrait bien plus aptes à faire face aux difficultés de la vie, c'est-à-dire s’adapter à la vie, quelle qu’elle soit.
Loola03 dit :
merci d'avoir mentionné le burn out des infirmières, j en connais quelques unes qui sont parties de cette manière, et les premières dans les années 67, je ne pense pas que toutes les choses ont évolué
posté il y a 34 semaine
Ludivine_17 dit :
Oui l'omerta sur le milieu médical, suicides, tentatives de suicides. C'est dur quand un proche commet cet acte, même si l'on se dit 'c'est son choix, on doit le respecter'
posté il y a 34 semaine