Le blog de Ulysse
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Le 19 février à 06:29
Rubriques :
Humeur
Réflexion
A la manière de La Bruyère
Les bavards
Chacun connait une catégorie, ou plusieurs, de gens infréquentables, insupportables tant leur présence finit toujours par importuner.
Le bavard est une espèce assez répandue dont la caractéristique commune est le culte du" moi". Tous les bavards sont inépuisables sur les sujets qui les concernent, qu'ils parlent de leur personne, de leurs pompes et de leurs œuvres.
Le bavard ne donne pas la parole, il la prête et quand on la prend, il s’empresse de la couper pour poursuivre son discours.
Lorsque le bavard vous accorde un temps de parole, ce n’est pas pour écouter. Il
poursuit son monologue intérieur et attend la première occasion pour reprendre son discours à l’endroit même où il l’avait interrompu. Vous hasarderiez vous à lui parler de votre santé ou de votre maison, il tranche impérieux : « C’est comme moi… » Car rien n’étonne le bavard. Le moindre événement de votre vie lui donne l’occasion d’évoquer ce qui lui est advenu dans de pareilles circonstances.
Le bavard ne garde jamais pour lui le secret qu’on lui confie. . Autant faire des
confidences à un haut parleur. Ne confiez jamais l’or de vos secrets à un bavard, il le dilapidera autant par sottise que par vanité.
N’ouvrez jamais votre maison à un bavard, il en donnera les clés aux faiseurs de ragots
Les pires des bavards sont ceux qui ajoutent l’amnésie à la logorrhée. Ils resservent les mêmes histoires agrémentés des mêmes commentaires.
Les variétés de bavards sont aussi nombreuses que les fromages
Le bavard pédago, ancien prof ou ancien instit, inconsolable de sa carrière d’enseignant, intarissable de ses histoires de collège et de prof. Vous n’êtes pas son ami, vous êtes son élève. Il ne vous parle pas, il vous enseigne, parfois il vous interroge : « Tu as bien compris ? » et ne vous avisez pas à lui avouer que vous ne l’avez pas écouté, vous aurez droit à une deuxième leçon.
Le bavard mystique. Il se présente le dimanche matin, une bible sous le bras et vous parle de la fin du monde et de l’enfer alors que vous commencez à respirer les odeurs de du rôti oublié dans le four.
Le bavard médisant. Aux costumes qu’il taille à tous les gens de son entourage, il
donne une idée de ce qu’il dira de vous à la prochaine occasion. Quand la médisance ne suffit pas, il puise dans les suppositions calomnieuses. L’introspection et la remise en cause ne sont pas ses vertus dominantes… Il semble se donner un brevet d’honorabilité a contrario en dénigrant ceux qui n’ont pas la chance de lui ressembler !
Le bavard chauvin, vous voyez ce que je veux dire ! Les parisiens qui parlent de Paris, les corses de la Corse et les marseillais, de la Méditerranée…
Le bavard mythomane. Pour paraphraser Victor Hugo, le bavard mythomane ne sert que des. « histoires racontées aux portes de sa légende ». Il s’invente souvent une autre vie, un rôle où il tient les places d’honneur et des aventures fantastiques dont il finit par se persuader qu’il en a été le héros.
Le bavard hypocondriaque qui a souffert de tous les maux, a été victime de tous les accidents, dévoré par tous les virus, connait tous les remèdes, jugent tous les médecins et vous regarde avec commisération si vous aviez l’insolence d’une bonne santé.
Le bavard politique. Le moins sympathique et le moins crédible des bavards …Bavard et menteur, sans doute, mais volontiers médisant comme si les vices ou les carences de ses adversaires garantissaient sa compétence et sa vertu…Frontiste, communiste, socialiste ou umpiste, il cultive une dialectique manichéiste avec une confondante mauvaise foi et un sourd mépris pour ceux qui ne partagent pas ses certitudes. On s’étonne d’en trouver de modestes ; plus habituellement il se rengorge de sa suffisance surtout devant l’œil des caméras.
Le bavard nostalgique qui commence toujours son discours par « De mon temps… » car à notre époque, la société est immorale, les jeunes sont incultes, le gouvernement corrompu, les partis politiques tous pourris…De son temps, le pain était délicieux, la cuisine exquise (surtout celle de sa mère …) et même la guerre n’était qu’une épopée qui révélait les héros.
Le bavard rigolo expert en histoires drôles, cocasses et parfois salasses. A la moue gourmande qu’il affiche, vous devinez qu’il va vous raconter pour la centième fois, l’histoire parfaitement stupide qui continue à le faire éclater de rire.
Le bavard plumitif, (cher à mon cœur) celui qui remplit des pages plongé dans l’illusion que sa littérature est séduisante…A la vérité, c’est le moins insupportable des bavards car personne n’est contraint de supporter ses livres ou ses articles…
Il y a enfin les papis-mamies bavards… ceux qui sont affectés d’une tendre subjectivité et d’une touchante mauvaise foi. Leurs petits enfants sont toujours les plus beaux, les plus drôles, les plus intelligents.
A ceux-là, on pardonne beaucoup pour l’unique raison qu’on se reconnait en eux.
Ulysse
(un bavard parmi d’autres.. )