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La renaissance d'Emak Bakia au Pays basque


Le 14 novembre 2015 à 11:25

Rubriques : régions de France


(sources journal sud-ouest édition gironde)

le pays basque que j'aime beaucoup
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À Bidart, un palais roumain surplombe l’Océan. Une princesse y séjourna durant son enfance, Man Ray y tourna un mystérieux ciné-poème dadaïste. En 2012, un réalisateur espagnol a exhumé toutes ces histoires et redonné à la maison son nom d’origine






1912, sur une colline isolée de Bidart. Imaginez la scène. "Mon bon monsieur, si vous faites construire une villa ici, faut lui donner un nom basque. C’est la tradition." Bras croisés, mains calées sous les aisselles, le paysan basque toise le prince roumain. Grégoire Gradisteanu a renoncé à la carrière politique et militaire à laquelle le destinait sa famille à Bucarest. Pas à son train de vie.

Au Pays basque, où il a trouvé un refuge idéal pour fuir ses obligations, il entreprend de construire la réplique parfaite de son palais en Roumanie selon le style Brâncovenesc (style architectural et artistique de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle, ndlr).

 

La villa Emak Bakia a été construite en 1912© Photo Bertrand Lapègue

Sur un piton rocheux face à la mer, fouettée par les embruns, la bâtisse a comme un air d’ailleurs, une architecture à la frontière de deux mondes : l’Orient ottoman et l’Occident. Rien de basque… sauf son nom : Emak Bakia. Car le paysan de Bidart a eu gain de cause. De guerre lasse, face aux sollicitations chaque jour plus insistantes, le prince roumain a fini par abdiquer.

"Comment dit-on “Fiche-moi la pai  !” en basque ?
– Emak Bakia.
– Eh bien, c’est comme ça qu’elle s’appellera, ma maison !"

Le Basque est têtu, le Roumain facétieux. Ce nom d’origine, la villa le conservera une quarantaine d’années avant de le perdre après la Seconde Guerre mondiale. Les vicissitudes de l’histoire sont passées par là.

"Fiche-moi la paix !"

2009. Oskar Alegria, journaliste, photographe et réalisateur navarrais, retrouve cette vieille expression en euskara au Tate Modern, à Londres. Elle sert de titre à un film surréaliste de Man Ray tourné en 1926. "J’ai été intrigué par ce nom basque, autant que par sa signification, et je ne comprenais pas pourquoi Man Ray avait intitulé une de ses œuvres comme ça", se souvient Oskar Alegria.

À la façon d’un détective, il décide de mener l’enquête. Que venait faire Man Ray sur la côte biarrote ?

  1. Il aurait découvert l’expression "Emak bakia" sur une épitaphe du cimetière de Biarritz et aurait été fasciné par le fait qu’un mort fasse ses adieux avec un "Fiche-moi la paix !". Mauvaise piste.
  2. Emak Bakia serait le nom d’une maison, près de Biarritz, où Man Ray aurait séjourné et tourné plusieurs scènes. Bonne pioche.

Quatre-vingts ans après le célèbre artiste d’avant-garde américain, Oskar Alegria retourne, armé de sa caméra, sur les traces de Man Ray, avec, pour seuls indices, le nom de cette maison et quelques photogrammes tirés du film : un fragment de côte sauvage, un balcon flanqué de deux épaisses colonnes et une porte à double battant dotée d’un mystérieux heurtoir.

 

Le tournage dure trois ans et son documentaire, un ovni cinématographique dans la veine surréaliste de son inspirateur, est salué par la presse nationale et internationale ("Emak Bakia Baita" / "En quête d’Emak Bakia", d’Oskar Alegria, emakbakiafilms.com). Le film s’autorise des détours et déroule son fil, de façon chronologique, au gré de ses rencontres et de ses découvertes. Ici, le voyage est plus important que la destination. "Si la maison d’Emak Bakia n’apparaissait pas d’emblée, il fallait dévier", explique son réalisateur. Et, dans le film comme dans la vie, bien souvent, chercher quelque chose consiste à trouver autre chose… 

 

Une villa de la "Renaissance roumaine" sur la côte basque© Photo Bertrand Lapègue

"J’adore les mystères et l’investigation. Le fait que cette maison résiste à mes recherches et que ce soit long et difficile, ça me plaisait. J’ai fait ce film un peu comme un pêcheur, pas comme un chasseur. Un pêcheur capable d’attendre trois ans que le gros poisson qui l’intéresse morde à l’hameçon..." Comme Man Ray un siècle auparavant, Oskar Alegria fait un film qui n’obéit à aucun diktat commercial. Financé sur des fonds personnels, le documentaire prend son temps.

Sur les traces de Man Ray

Oskar Alegria finit par découvrir que Man Ray est venu deux fois à Biarritz, invité par le mécène Arthur Wheeler. L’artiste américain profite de l’un de ses voyages sur la Côte basque pour tourner le mystérieux "Emak bakia", qui tire son nom de la villa que loua dans les années 1930 le courtier en Bourse nord-américain. La même qu’édifia, vingt ans plus tôt, Grégoire Gradisteanu, le prince roumain. Man Ray y séjourne avec sa muse, Kiki de Montparnasse, et y tourne quelques scènes de son court-métrage.

 

  • "J’y descendis en voiture et […] vécus dans le luxe pendant quelques semaines. Je filmais tout ce qui me paraissait intéressant, sans travailler plus d’une heure ou deux par jour. Le reste du temps, je le passai sur les plages […], dînai fastueusement avec d’autres invités et dansai dans les boîtes de nuit. Je n’avais pas de scénario. Tout serait improvisé […]. Et j’étais ravi, moins par ce que j’allais introduire dans mon film, que parce que j’allais faire ce qui me plaisait. Quant au titre étrange, “Emak Bakia”, c’était tout simplement le nom d’une villa en Pays basque où j’avais séjourné à l’invitation de Wheeler et où j’avais tourné quelques extérieurs." (in "Man Ray. Autoportrait", Anne Guérin, chez Robert Laffont, 1964, réédité chez Seghers en 1986)

 

Kiki de Montparnasse, la muse de Man Ray© Photo DR

On peut imaginer l’enthousiasme de Man Ray quand il découvrit la signification de cette expression. Elle renvoie à son attitude anarchiste dans la vie et dans l’art. En tant qu’artiste, il revendique une liberté absolue, y compris celle de faire des choses qui ne plaisent à personne. Un an après le tournage, il fit ce commentaire sur son fameux ciné-poème : "À ceux qui s’interrogeraient sur la raison de cette extravagance, on répondra simplement en traduisant le titre : “Fichez-moi la paix”…"

Le hasard comme guide

Le hasard faisant parfois bien les choses, Oskar Alegria, au moment où il localise enfin la fameuse villa, découvre que quelqu’un d’autre s’y est présenté un mois plus tôt, Maria Despina zu Sayn-Wittgenstein. Une princesse roumaine de 94 ans qui s’avère être la nièce du fondateur, Grégoire Gradisteanu. Elle passa les premiers étés de son enfance à Emak Bakia. Pendant la Seconde Guerre mondiale, sa famille avait entendu dire qu’un bombardement avait détruit la maison. Dans une situation économique difficile, ils la vendirent. Et ne revinrent jamais.

La princesse, qui vit actuellement à Francfort, entreprit un voyage en France en 2009 pour retrouver la villa de son enfance.Elle avait avec elle des photos d’Emak Bakia pour trouver son emplacement. Elle ne s’attendait à trouver que des ruines. Parallèlement, et muni aussi de quelques clichés, Oskar Alegria cherchait aussi…

 

Maria Despina zu Sayn-Wittgenstein, princesse roumaine de 94 ans menait la même quête qu'Oskar Alegria. Devant la caméra du réalisateur, elle évoque ses souvenirs d’enfance dans le palais de son oncle© Photo Bertrand Lapègue

Le réalisateur écrit alors à Maria Despina zu Sayn-Wittgenstein pour lui demander de participer à son film. Éme par le projet, elle accepte aussitôt et évoque avec gourmandise ses souvenirs de petite fille à Emak Bakia. Elle a l’air serein de ceux que la vie n’a pas trop égratignés. Un personnage haut en couleur comme il n’en existe que dans les romans. Veuve d’un prince de Saint-Pétersbourg et cousine de l’écrivain Nabokov, elle fut aussi championne de Roumanie de tennis de table, de lancer de poids et de volley-ball. Et obtint une thèse en biologie sur l’odorat des fourmis…

Aristocrates et ouvriers

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Emak Bakia est pillée par les nazis, qui s’en servirent de poste frontière. Un viticulteur du Bordelais la rachète quelques années plus tard pour 2 millions de francs et la rebaptise Villa Gérard. En 1951, elle devient la propriété d’un constructeur équipementier aéronautique, la société Socata. L’entreprise tarbaise transforme le palais roumain en maison familiale de vacances pour ses employés. En 1960, la foudre frappe la villa. L’incendie détruit le toit, laissant la maison à ciel ouvert.

"À l’issue du documentaire, les propriétaires de la villa, rebaptisée Socata depuis les années 1950, ont accepté de lui rendre son nom d’origine : Emak Bakia"

 

La cheminée verte en grès de Bigot, couronnée par l’image de Méduse© Photo Bertrand Lapègue

Aujourd’hui, les billards et les baby-foot des ouvriers français ont remplacé les anciennes salles de bal et de réception de l’aristocratie roumaine. Seule rescapée de l’époque du prince rebelle, une cheminée verte en grès d’Alexandre Bigot, couronnée par l’image de Méduse, l’une des trois Gorgones (mortelle) de la mythologie grecque. Les parquets et les portes en bois massif, les vitraux chatoyants invitent au voyage. On se retrouve catapulté auprès de Kiki de Montparnasse sur le fameux balcon que l’on voit dans le film de Man Ray. Avec ses colonnes aux douces rondeurs donnant sur l’Océan.
Oskar Alegria a retrouvé les traces de la maison et sa princesse. À l’issue du documentaire, les propriétaires de la villa, rebaptisée Socata depuis les années 1950, ont accepté de lui rendre son nom d’origine : Emak Bakia. "Mon film a au moins servi à ça : redonner la vie à un nom perdu", conclut Oskar Alegria. Il retrace surtout la biographie fascinante d’une demeure qui a traversé le siècle.

Crédit photo principale : Bertrand Lapègue


Phatrist dit :
bonne visite.....


posté il y a 183 semaine


Giorgino dit :
très beau , merci Phatrist . . .


posté il y a 183 semaine


Phatrist dit :
merci pour la visite GG et bon dimanche


posté il y a 183 semaine


Sapience dit :
À mon tour de dire merci à Phatrist pour cette passionnante quête à la recherche de cette maison fantastique, au propre comme au figuré.


posté il y a 183 semaine


Phatrist dit :
merci pour la visite sapience et bonne fin de journée avec du brouillard pour moi en gironde


posté il y a 183 semaine


Thea dit :
Week-end intense, Phatrist. Je repasserai plus tard pour me ressourcer à cet article. Bonne soirée à toi, à toutes et tous


posté il y a 183 semaine


Phatrist dit :
bonjour je laisse la porte ouverte théa bonne journée et bonne semaine


posté il y a 183 semaine






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