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ARAGON/FERRAT : Épilogue, une chanson peu connue


Le 20 octobre 2014 à 03:51

Rubriques : Voix de toujours


Probablement un des plus beaux textes de Louis ARAGON. Jean Ferrat aura pris beaucoup de temps pour mettre en musique ce texte, car il n'y a rien de facile dans cette chanson.

 

Petite parenthèse :
Lu sur Aragon 

Pierre Juquin confie dans un entretien avec Alain Nicolas «  Il reste encore pas mal à découvrir sur la généalogie d’Aragon. Il n’existe pas d’acte de naissance d’Aragon. On ne sait pas s’il est né à Paris où dans le Var, dans la famille de sa mère, dont on ignore l’âge exact. Mais ce qui est intéressant, c’est ce qu’il fait de cette filiation déniée, de ces mensonges. Selon les critères d’aujourd’hui il aurait dû être un « ?enfant à problèmes? », en échec scolaire. Or il réagit par la culture, non seulement comme acquis, mais aussi comme la création  : "Le monde à bas, je le bâtis plus beau? ", dit un de ses premiers vers. Il gardera ce trait jusqu’au bout ».

Je découvre par hasard ce trait lié à la naissance du poète qui se penche ici sur la fin de sa vie. Ça donne à réfléchir sur  son parcours disons de "résilience." Il a rebondi et transformé cette forme de déni autour de venue au monde par une force créative qui le poussa à combattre.  Il est devenu le poète que nous connaissons. 
Nous pourrions en débattre longtemps.
Je vais  lire et écouter ses poèmes autrement.

Pour blog  et Illustration  compo perso :  détenteur de copyright inscrit : http://www.copyrightdepot.com/Tous droits réservés

Crédit photos : sante.pcf.fr/ aliasnoukette.over-blog.com/ la-pleiade.fr







Épilogue

poème d’Aragon

 

Je me tiens sur le seuil de la vie et de la mort les yeux baissés les mains vides

Et la mer dont j'entends le bruit est une mer qui ne rend jamais ses noyés

Et l'on va disperser mon âme après moi vendre à l'encan mes rêves broyés

Voilà déjà que mes paroles sèchent comme une feuille à ma lèvre humide

 

J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon cœur quatre fois y battre

Quitte à en en mourir je dépasserai ma gorges et ma voix  mon souffle et mon chant

Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ

Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

 

J'ai choisi de donner à mes vers cette envergure de crucifixion

Et qu'en tombe au hasard la chance n'importe où sur moi le couteau des césures

Il me faut bien à la fin des fins atteindre une mesure à ma démesure

Pour à la taille de la réalité faire un manteau de mes fictions

 

Cette vie aura passée comme un grand château triste que tous les vents traversent

Les courants d'air claquent les portes et pourtant aucune chambre n'est fermée

Il s'y assied des inconnus pauvres et las  qui sait pourquoi certains armés

Les herbes ont poussé dans les fossés si bien qu'on ne peut plus baisser la herse

 

Dans cette demeure en tout cas anciens ou nouveaux nous ne sommes pas chez nous

Personne à coup sur ne sait ce qui le mène ici tout peut-être n'est qu'un songe

Certains ont froid d'autres ont faim la plupart des gens ont un secret qui les ronge

De temps en temps passent des rois sans visage On se met devant eux à genoux

 

Quand j'étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges

Ah comme j'y ai  cru comme j'y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux

Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux

Et ce qui l'en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change

 

Ils s'interrogent sur l'essentiel sur ce qui vaut encore qu'on s'y voue

Ils voient le peu qu'ils ont fait parcourant ce chantier monstrueux qu'ils abandonnent

L'ombre préférée à la proie ô pauvre gens l'avenir qui n'est à personne

Petits qui jouez dans la rue enfants quelle pitié sans borne j'ai de vous

 

Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude

Vous aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris

Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix

Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le plis des habitudes

 

Bien sur vous me direz que c'est toujours comme cela mais justement

Songez à tous ceux qui mirent leurs doigts vivants leurs mains de chair dans l'engrenage

Pour que cela change et songez à ceux qui ne discutaient même pas leur cage

Est-ce qu'on peut avoir le droit au désespoir le droit de s'arrêter un moment

 

Et vienne un jour quand vous aurez sur vous le soleil insensé de la victoire

Rappelez-vous que nous avons aussi connu cela que d'autres sont montés

Arracher le drapeau de servitude à l'Acropole et qu'on les a jetés

Eux et leur gloire encore haletants dans la fosse commune de l'histoire

 

Songez qu'on arrête jamais de se battre et qu'avoir vaincu n'est trois fois rien

Et que tout est remis en cause du moment que l'homme de l'homme est comptable

Nous avons vu faire de grandes choses mais il y en eut d'épouvantables

Car il n'est pas toujours facile de savoir où est le mal où est le bien

 

Vous passerez par où nous passâmes naguère en vous je lis à livre ouvert

J'entends ce cœur qui bat en vous comme un cœur me semble-t-il en moi battait

Vous l'userez je sais comment et comment cette chose en vous s'éteint se tait

Comment l'automne se défarde et le silence autour d'une rose d'hiver

 

Je ne dis pas cela pour démoraliser Il faut regarder le néant

En face pour savoir triompher Le chant n'est pas moins beau quand il décline

Il faut savoir ailleurs l'entendre qui renaît comme l'écho dans les collines

Nous ne sommes pas seuls au monde à chanter et le drame est l'ensemble des chants

 

Le drame il faut savoir y tenir sa partie et même qu'une voix se taise

Sachez-le toujours le chœur profond reprend la phrase interrompue

Du moment que jusqu'au bout de lui-même le chanteur a fait ce qu'il a pu

Qu'importe si chemin faisant vous allez m'abandonner comme une hypothèse

 

Je vous laisse à mon tour comme le danseur qui se lève une dernière fois

Ne lui reprochez pas dans ses yeux s'il trahit déjà ce qu'il porte en lui d'ombre

Je ne peux plus vous faire d'autres cadeaux que ceux de cette lumière sombre

Hommes de demains soufflez sur les charbons

 A vous dire ce que je vois


Thea dit :
Un texte très fort que Jean Ferrat a mis en musique et interprété avec humanité et sensibilité alors que ce n'était pas facile. Je découvre et partage avec vous, amis et visiteurs. Bonne écoute.


posté il y a 252 semaine


Fleurchampetre dit :
Poème et voix d'une grande profondeur...Aragon l'inconnu connu, du quel nous ne saurons jamais trop sur son passé et origines...L'histoire incomplète de chaque être humain a toujours un côté caché ...


posté il y a 252 semaine


Thea dit :
Merci de ta visite, fidèle Fleur.Il est difficile de tout savoir quelquefois sur origines et passé, ici d'Aragon.J'ignore s'il en a fait allusion mais ce ne dut pas être facile pour lui, de vivre


posté il y a 252 semaine


Thea dit :
avec ce déni, ce "vide", cette interrogation certainement. Il n'est pas le seul, bien sûr, à se construire et se reconstruire pour tenir debout. La création l'aura aidé, avec l'amour d'Elsa.


posté il y a 252 semaine


Phatrist dit :
toujours superbe a écouter un vrai bonheur merci théa


posté il y a 251 semaine






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