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Édith SCOB, aux multiples visages, nous a quittés


Le 4 juillet à 03:02

Rubriques : ENTRACTE


Capable de jouer le frémissement et le charme comme personne, parce que son sourire était altier, sa silhouette longiligne aussi moderne que sa coiffure et que chaque mot prononcé par elle se dotait d’une épaisseur et d’une ambiguïté inédites, Edith Scob était ces quinze dernières années dans tous les films français d’auteur dès lors qu’il s’agissait d’incarner une personne proche du cinéaste. Elle était la garantie que l’être aimé de fiction - mère, tante, grand-mère - paraisse intelligente et libre quel que soit sa teneur initiale dans le scénario. Les cinéastes projetaient sur Edith Scob l’anticonformisme et la culture, la fantaisie et l’humour, et ils en avaient besoin. Elle était irremplaçable alors qu’on ne lui offrait que des petits rôles.





 

 

Il suffisait qu’elle s’asseye dans un fauteuil, immobile, et on ne voyait qu’elle, vieille dame dont il n’était pas question que l’histoire se débarrasse aussi simplement ou épouse menaçante. Ainsi, bizarrement, alors qu’elle joue un second rôle dans l’Heure d’été d’Olivier Assayas en 2008, dans la Question humaine de Nicolas Klotz en 2007, ou Holy Motors de Leos Carax en 2012, on s’en souvient comme si chacune de ses apparitions continuait de peupler le film quand elle est hors-champ.

Irréprochable. Edith Scob vient de mourir, on entend sa voix un peu tressaillante, on plonge dans ses yeux très bleus, on voit ses traits affirmés, et on se dit qu’elle est l’une des rares actrices à avoir effacé l’image de ce qu’elle fut jeune fille, alors même que ses personnages récents pouvaient tenir de l’apparition. Cet évanouissement fait étrangement écho à sa filmographie. Le film mythique qui la projeta sur les grands écrans à 22 ans, est justement les Yeux sans visage de Georges Franju, en 1960, où elle s’expose durant la quasi-intégralité du film la tête recouverte de bandes à l’exception de ses grands yeux écarquillés et terrorisés. Elle y joue le rôle titre d’une jeune fille défigurée lors d’un accident de voiture et dont le père chirurgien tente, par tous les moyens y compris les moins acceptables, d’opérer une greffe en tuant d’autres jeunes filles susceptibles de lui ressembler.

A propos de ce film qui lui colla à la peau, ce qui eut l’avantage de lui épargner les rôles d’ingénue, elle confiait à Libération en 2001, au moment de la sortie de la Comédie de l’innocence de Raoul Ruiz qui signa son come-back : «J’arrivais sur le tournage trois heures avant tout le monde pour qu’on m’applique le masque. Dès lors, j’avais du mal à parler. J’étais comme séquestrée. En même temps, je garde un souvenir magique de ces nuits transfigurées par l’éclairage magnifique du chef opérateur. Franju m’impressionnait beaucoup. C’était un artiste très réfléchi, mais doté d’un rapport absolument poétique au monde. Ça ne passait pas par le discours, la construction intellectuelle, c’était plus spontané, vraiment de l’ordre de la perception poétique.» Avec Franju, dont elle devient la comédienne fétiche, elle tourne une demi-douzaine de films. Peut-être était-elle trop associée à l’univers d’un seul cinéaste, qui de plus ne représentait alors pas la plus pressante modernité ? En pleine Nouvelle Vague, on ne la retrouve guère ailleurs. Et dans les années 70, dans les «feuilletons» comme on disait alors, notamment la Poupée sanglante, d’après Gaston Leroux.

Edith Scob, de son vrai nom Edith Helena Vladimirovna Scobeltzine était la fille d’un architecte et d’une mère au foyer qui aurait aimé être journaliste. Sa famille est irréprochable moralement, et peut-être n’est-ce pas si facile de grandir auprès de gens parfaits. Elle est élevée dans la rigueur du protestantisme - son grand-père était un industriel du ver à soie, un patron précurseur, l’un des premiers à accorder des semaines de vacances aux ouvriers, et il était aussi pasteur. A 14 ans, en 1956, lorsqu’elle prit conscience de l’extermination des Juifs, elle n’arrive plus à croire et elle subit un an plus tard un grave épisode d’anorexie. Etre actrice intervient alors comme un acte de rébellion, la possibilité de s’évader d’une prison sans mur. Il y a la nécessité de réussir - son frère, lui, fut champion de vélo - à laquelle, étudiante en lettres, elle ne souscrit pas. Edith Scob n’a jamais cherché à être une star. Etre spécialisée dans les seconds rôles, faire des apparitions au cinéma et disparaître lui plut infiniment. Elle n’en conçut aucune amertume. D’autant qu’une partie de sa vie, passa sur les planches, (dans Intérieur, monté par Claude Régy, dans le Chemin Solitaire, par Luc Bondy, ou dans des créations de Jean-Pierre Vincent ou de Bernard Sobel).

Inquiétante. Avec son mari, le compositeur Georges Aperghis, elle créa en 1976 l’atelier théâtre et musique (Atem) de Bagnolet, où il s’agit de se rapprocher des publics et de mêler les disciplines. «On pensait vraiment pouvoir changer le monde. C’était magnifique, cette utopie», disait-elle.

Folle, victime, monstre, Edith Scob a été capturée par le rôle qui la fit connaître qui fut comme une matrice de tous les autres. Mais on ne peut la réduire à cela. Si elle était inquiétante, elle avait également une fibre comique dévoilée en premier par Tonie Marshall, véritable fée pour les actrices de ses films, et dans Vénus Beauté (Institut) où elle incarne l’une des clientes aux exigences impossibles à satisfaire qui dégomme tout le monde. On se souvient aussi, la même année, de sa composition déchaînée dans le rôle de la duchesse de Guermantes devant la caméra de Raoul Ruiz dans le Temps retrouvé. Elle disait que l’âge était une chance, et qu’elle avait attendu d’avoir 60 ans pour ne plus avoir peur de la caméra. Que jeune, elle avait été extrêmement jolie, mais que cette beauté l’avait inhibée. On aurait aimé qu’un cinéaste lui propose un rôle principal, le remake de Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? avec Bulle Ogier dans l’autre rôle féminin, éventuellement. Mais non ! Edith Scob était une femme qui s’éclipsait. Et depuis hier, hélas, définitivement.

Anne Diatkine
Par Anne Diatkine

https://next.liberation.fr/cinema/2019/06/26/edith-scob-l-aura-sans-age_1736437

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Cdit photos : L'Humanité/Cinemacinema - Skyrock.com /Le Point /Le Parisien /AlloCiné

 

 

 

 


Thea dit :
Oups ! Impossible de mettre cet article en ligne normalement... J'y tiens car cette artiste nous a quittés discrètement :peu de médias en ont parlé, trop occupés à discourir sur la canicule...


posté il y a 22 semaine


Thea dit :
Quelle artiste pourtant !Fine, passant de rôles dramatiques voire mystiques, aux plus espiègles, avec ce regard bleu saphir et cette élégance naturelle qui charmaient.On oublie qu'elle créa, avec


posté il y a 22 semaine


Thea dit :
son mari, le compositeur Georges Aperghis,l'atelier-théâtre de la musique... Oui, elle s'est éclipsée sur la pointe des pieds et,soudain,j'entends son rire de Mère Supérieure ds Soeur Thérèse.com


posté il y a 22 semaine


Escargot dit :
Une actrice rare car singulière, découverte dans "La Vieille fille" de Jean-Pierre Blanc. Elle y avait un rôle secondaire mais si percutant. Un talent élégant.


posté il y a 22 semaine


Sapience dit :
Bel hommage à cette grande comédienne Théa .Je l'appréciais beaucoup et particulièrement comme Escargot dans La vieille fille où elle était parfaite dans son rôle et en même temps amusante...


posté il y a 22 semaine


Thea dit :
Une actrice qui me faisait penser à Delphine Seyrig. Deux voix singulières, deux silhouettes un rien évanescentes, comme n'appartenant pas au monde des mortels.Deux femmes engagées, élégantes, belles


posté il y a 22 semaine


Thea dit :
Je me souviens de ce film, avec Noiret et Girardot.Impossible de trouver des vidéos intéressantes où apparaissait Edith Scob. D'où celle-ci. J'ai vu plusieurs fois ce film, il me laisse toujours le


posté il y a 22 semaine


Thea dit :
même sentiment de grande souffrance et d'univers étrange à la limite de la folie; Nous ne pourrons oublier Edith Scob tant elle est tout, sauf formatée !


posté il y a 22 semaine






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