Il y a peu de chansons qui symbolisent autant les espoirs d’un pays pour sa liberté. Asimbonanga de Johnny Clegg et de son groupe Savuka, sortie en 1987, a contribué au rayonnement d’une musique auparavant cantonnée à ses seules frontières, mais aussi au combat d’une grande partie du peuple sud-africain réclamant la fin de l’apartheid et la libération de Nelson Mandela.

Lorsque ce titre sort sur l’album Third World Child de Savuka, cela fait dix-neuf ans que le leader et symbole du pays est emprisonné. Asimbonanga lui est dédié.

Incarner son époque à tout prix

Dix-neuf ans, c’est assez pour que toute une génération ait grandi sans jamais connaître Mandela libre. Mais replaçons les choses dans leur contexte : un an plus tôt, en 1986, le pays est en proie à une seconde grande vague d’émeutes (après celles de 1976), renforçant alors l’attention de la communauté internationale sur l’apartheid.

Parallèlement, Johnny Clegg, qui a grandi en se coupant totalement de son héritage blanc sud-africain pour embrasser la culture zouloue, vient de dissoudre son premier groupe, Juluka, avec lequel il était pourtant devenu le premier blanc à créer une formation composée également de musiciens noirs. Il lui faut donc illustrer son époque, son combat.

Le producteur de Johnny Clegg raconte : « On n’avait absolument pas prévu d’enregistrer quoi que ce soit, et encore moins de faire un album. Mais Johnny m’a appelé un jour en me disant qu’il avait quelque chose à me jouer. Quand j’ai entendu Asimbonanga, j’ai appelé tous ses musiciens en leur disant qu’ils enregistraient la chanson le lendemain. C’était trop important pour attendre. »

Victime de la censure et du boycott

« Asimbonanga » signifie « Nous ne le voyons pas ». Et la chanson dit : « Nous ne le voyons pas / Nous ne voyons pas Mandela / Depuis qu’il n’est plus là / Depuis qu’il est fait prisonnier. »

Le texte est limpide, mais dans ce pays qui a institutionnalisé et mis en place le racisme d’État, il est formellement interdit de faire mention du leader de la lutte pour les droits civiques en Afrique du Sud. Alors en faire une chanson… Mais Johnny Clegg, qui du temps de Juluka a connu la censure, les concerts stoppés par la police et les radios qui refusent de passer sa musique pour des raisons politiques, a de l’expérience en la matière.

Forcément, le gouvernement sud-africain tente de limiter la diffusion d’Asimbonanga, qui devient parallèlement un tube planétaire.

Mais ce succès et cette reconnaissance ne l’empêcheront pas d’être lui aussi victime du boycott culturel mis en place par une partie de la communauté internationale envers son pays. Lors du 70e anniversaire de Mandela, le 11 juin 1988, un gigantesque concert réclamant sa libération et réunissant les grandes stars de la pop mondiale (Whitney Houston, Dire Straits, Bee Gees ou encore Youssou N’Dour) ainsi qu’une poignée de grands artistes noirs sud-africains tels que Hugh Masekela ou Myriam Makeba, est donné à Wembley, en Angleterre. Mais étant blanc, Johnny Clegg n’est pas autorisé à s’y produire.

Une blessure qui ne se refermera jamais réellement, mais qui reste tout de même comblée par une chose : la plus grande chanson anti-apartheid, celle qui a connu le retentissement le plus marquant, reste Asimbonanga. Et pour toujours.

Source : Brice MICLET Ouest-France

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